Accueil Société La voie mouride, une vision et une construction qui doivent inspirer: Exemple...

La voie mouride, une vision et une construction qui doivent inspirer: Exemple de Pathe Dione, un modèle de leader africain

651
0
La voie mouride

Aujourd’hui la voie mouride est adoptée par des millions et des millions de personnes partout dans le monde et pourtant en 1884, un (1) homme fut seul, seul à porter la vision. En 1884 un homme seul fut porteur d’une vision, d’un discours, d’une ambition, d’un projet pour la créature humaine et pour la société. Cet homme est Cheikh Ahmadou Bamba.

L’élite spirituelle et temporelle de Mbacké Kadior lui avait tout proposé après le décès de son illustre père. Il avait la possibilité d’occuper la place de son père et d’hériter de toute sa splendeur et de toute sa richesse spirituelle et matérielle. Il avait la possibilité d’occuper la place de son père auprès des monarques, d’être l’ami et le conseiller des monarques et de jouir de tous les avantages et privilèges dus à ce rang. Mais il avait décidé de porter un nouveau discours, une nouvelle vision, une nouvelle ambition pour les enfants d’Adam et pour la société.

Il fut esseulé car il fut incompris. Son discours fut adopté par une petite minorité. Il fut obligé de quitter Mbacké Kadior, la terre de son père, accompagné des pionniers de la voie mouride avec à leur tête Mame Cheikh Ibrahima Fall.

Mbacké Kadior a toujours été un territoire islamisé. Il y avait de très grands marabouts : le père de Serigne Touba Mame Mor Anta Sally, Serigne Mouhammad Bousso, Serigne Madiakhaté Kala, Sérigne Taiba Cheikh Mamadou Ndoumbé (il fit la prière mortuaire du père de Sérigne Touba) et tant d’autres illustres marabouts. Ces marabouts formaient des milliers de personnes sur la voie de Dieu. Ils leur apprenaient à lire le coran, à le comprendre et à pratiquer parfaitement le culte musulman. A Mbacké Kadior ces marabouts avaient appris aux gens à entretenir sainement leur relation avec Dieu en appliquant ces recommandations (prier, jeuner, donner la zakat etc ). Donc à Mbacké Kadior et ses environs la relation entre l’homme et Dieu ne posait aucun problème. Les gens connaissaient Dieu, apprenaient le coran et pratiquaient le culte musulman parfaitement à cause de la présence d’illustres marabouts comme le père de Serigne Touba.

Mais en 1884 un homme, Cheikh Ahmadou Bamba, alla au-delà de tout ça. Il allait porter un nouveau discours, ce fut l’appel de Mbacké Kadior, où il fit naitre une nouvelle voie.

Mbacké Kadior était à l’époque sous l’autorité du Damel Samba Laobé Fall, un Damel soumis aux colons français qui l’avait intronisé en aout 1883 sous certaines conditions comme le placement du Cayor sous le protectorat de la France. Serigne Touba refusa donc de rencontrer ce Damel (monarque) soumis aux colons car il n’avait aucune estime pour le colon. Dans le khassida « Ilhmul Salam » Serigne Touba nous parle de la vraie nature du colons (nasara) et nous met en garde. Il nous dit : « Sachez que les colons sont devenus les suppôts de satan, le séducteur, qui les tient sous sa gouverne. O gens de mon peuple, réveillez-vous de votre somnolence ! Ne pensez pas que les colons sont les détenteurs de tout bien ! Les colons ne sont que des victimes de leur avidité et de leurs illusions ». 

Le prophète avait été envoyé aux êtres humains pour réformer leur relation avec Dieu, leur relation avec leur semblable et leur relation avec l’environnement. La nouvelle voie de Serigne Touba se positionna sur ces trois missions du prophète pour les rénover. Ce qui était en danger à Mbacké Kadior ce n’était pas la relation verticale (culte) mais la relation horizontale avec un Damel soumis aux ordres des colons. Ainsi Serigne Touba invita les gens de Mbacké Kadior vers une nouvelle voie qui au-delà d’une pratique saine du culte, allait parfaire l’être humain (rénover sa pratique) pour en faire le meilleur model dans sa relation avec son semblable et dans sa relation avec son environnement. Ainsi il proposa un projet horizontal conforme aux exigences de Dieu, une alternative au projet ayant cours à Mbacke Kadior soumis à l’autorité d’un Damel sous le joug des colons. Son projet ne pouvant pas se réaliser à Mbacké Kadior, il décida de quitter.

Sa vision allait être défini à travers le livre « Massalikoul Jinane » qui est un guide pour l’aspirant. A travers ce livre, Sérigne Touba trace à la création humaine un itinéraire qui lui permettra de s’en sortir le jour du jugement dernier. Il pense que le jour le plus important de l’être humain est celui du jugement dernier. C’est le jour où Dieu décidera de son sort après son passage sur terre. C’est pourquoi l’horizon temporel de la vision de Sérigne Touba est le jour du jugement dernier. Dans Massalikoul Jinane, il nous explique l’essence de sa vision qui est la notion de « Khidma » c’est-à-dire comment l’homme doit être au service de son prochain pour la seule face de Dieu, comment il doit être une solution pour son semblable et pour l’environnement. Pour Sérigne Touba le meilleur des hommes est celui qui est au service de son prochain. Il dit dans Massalikoul Jinane, verset 462 : « On rapporte que le jour du jugement dernier quand le pont sera jeté par-dessus l’enfer qu’il surplombera » verset 463 : « Et que les créatures se débotteront dans l’angoisse et la tristesse, un crieur public lancera l’appel : où sont ceux qui ont été au service des créatures ? » verset 464 : «  Et ceux-ci répondront : nous voici, on leur fera entrer rapidement dans la demeure des délices » verset 465 : « En leur disant : entrez au paradis sans peine, ni épreuve ». Le projet de Sérigne Touba est d’armer l’homme, de le parfaire afin de lui permettre de s’en sortir ce jour et d’aller au paradis.

Donc à partir de 1884, Serigne Touba allaient porter une vision, une nouvelle ambition pour l’être humain. Il allait se donner les moyens de réaliser sa vision à travers la voie mouride. Depuis plus d’un siècle, cette vision prospère dans l’esprit de la communauté à cause des sacrifices de Serigne Touba.

Serigne Touba sera le premier à affronter les risques et à subir les épreuves. Il était seul au front, seul à Mbacké Kadior, seul à Ndiéwoul, seul devant le conseil privé de Ndar, seul au Gabon et en Mauritanie. Aujourd’hui sa vision vit jusqu’à présent adoptée décennies après décennies par différentes générations malgré les suppositions des autorités coloniales qui prédisaient sa disparition après le décès du guide.

Si la vision de Serigne Touba a prospéré plus d’un siècle après son lancement c’est qu’il était le premier à montrer l’exemple, le premier à affronter les risques et épreuves, le premier au front. Si cette vision a survécu c’est qu’il s’était mis au même niveau que les populations. Il ne se servait pas le premier et ne montrait jamais un certain niveau de confort. Il savait que son choix nécessitait des renoncements et des privations mais aussi que sa mission nécessitait des épreuves et qu’il devait être le premier à subir pour la seule face de Dieu. C’est pour toutes ces raisons que des générations de mourides depuis les premiers quatre compagnons (Mame Thierno, Mame Cheikh Anta, Cheikh Ibra Fall et Cheikh Abdourahmane Lo) se sont sentis maitres de cette vision et se sont appropriés cette vision.

Aujourd’hui dans nos pays les visions déclinées par nos hommes politiques sont l’affaire des dirigeants et des élites. La population qui est le principal destinataire de la vision de développement ne se sent pas concernée. Ceci est du souvent au comportement de l’élite politique qui décline cette vision. C’est une élite qui vit dans le confort total et le peuple la voyant souvent de loin, pense que la vision est une affaire de l’élite, ne se l’appropriera pas et ne se sentira pas concerné. 

N’oublions jamais que le succès du leadeur est lié au développement des autres. Les leadeurs ne cherchent jamais à profiter ou à amasser les fruits de leurs œuvres. Ce qui ont apporté des changements majeurs à leur peuple n’ont jamais cherché à goûter aux fruits de leurs sacrifices. Au moment de leurs œuvres ils ne vivaient pas dans des chateaux. Aujourd’hui nos hommes politiques veulent construire nos nations en profitant des délices du pouvoir et en vivant dans des châteaux.

Une vision qui n’est pas portée par une communauté, par un peuple ou par des travailleurs ne marchera jamais. Un porteur de vision doit être un exemple, il doit vivre les difficultés du peuple et doit travailler avec le peuple et non pour le peuple. 

Les visions déclinées par nos hommes politiques se limitent à un document économique et financier produit de façon exclusif par un cabinet de conseil en stratégie. C’est une vision qui n’est ni vécue, ni intégrée car le président porteur de la vision pense toujours à la prochaine élection et cherche toujours autour de lui des personnes qui peuvent l’aider à gagner les grandes villes. Les ministres, directeur généraux et collaborateurs proches pensent toujours à leur carrière et à la satisfaction du président porteur du décret.

Un président qui décline une vision doit être le premier à montrer l’exemple de par son comportement envers les finances publiques (budget de palais) et envers les institutions publiques. Malheureusement nos hommes politiques sont des leadeurs qui voient et non des leadeurs qui ont une vision. Il y a une différence entre ceux qui voient (nos hommes politiques) et ceux qui ont une vision (Serigne Touba). Ceux qui voient sont dans le court terme, ils ne s’intéressent qu’à leur succès (élection). Ils conçoivent leurs propres règles (constitutionnelles) pour aboutir à leur succès, à leur propre victoire. Ceux qui ont une vision voient au-delà du simple succès, au-delà de la victoire. Ils pavent les voies du succès (voie mouride) aux générations futures. Ce sont des preneurs de risques et pas des chercheurs de confort.

Si la vision de Serigne Touba a prospéré plus d’un siècle après l’appel de Mbacké Kadior, c’est à cause des sacrifices : le premier à affronter les risques et épreuves, le premier au front. Si elle a vécu c’est que contrairement à nos hommes politiques, il ne se servait pas le premier, il ne montrait jamais une certaine aisance ni une certaine supériorité et travaillait avec le peuple et non pour le peuple. Si cette vision a vécu c’est que Serigne Touba avait choisi de servir pour la seule face de Dieu et du peuple contrairement à nos hommes politiques qui ne servent que pour leurs intérêts.

Serigne Touba allait quitter ce monde 43 ans après le lancement de sa vision. Aujourd’hui cette vision vit toujours dans le cœur de la communauté mouride et d’un hameau, ils ont fait de Touba la deuxième agglomération de ce pays et le premier carrefour économico-culturel de la sous-région et d’une entité rurale, ils ont fait de la voie mouride une réalité urbaine qui vit aujourd’hui dans les plus grandes villes du monde.

Aujourd’hui cette vision est entretenue à partir d’outils que Serigne Touba avait mis en place et qui illuminent depuis presque un siècle la voie mouride. Ces outils sont : Khidma (la philosophie de vie), Touba (la vitrine et l’abreuvoir des assoiffés), le 18 safar (l’évènement phare), le wird Ma’houz (l’élévation et la purification spirituelle), le Ndigueul (le ciment de la communauté), la quête du savoir (la respiration de la communauté) et le culte du travail (l’arme de la communauté).

« Khidma » était hier la méthode de travail de Serigne Touba pour avoir l’agrément de Dieu et du prophète. Il doit être aujourd’hui une philosophie de vie chez le mouride ou l’aspirant (servir dans le Bekté (bonheur) et pour la seule face de Dieu). Être mouride n’est pas un Etat mais c’est une tâche, une philosophie de vie. La notion de Khidma vient en appui à la mission du prophète.

La mission du prophète consistait à reformer trois relations : celle entre la créature humaine et Dieu, la créature humaine et son semblable et la créature humaine et la création (environnement). « Khidma » est une méthode de travail qui repose sur le mot SACRIFICE et qui a permis à Serigne Touba de réussir sa mission et de parfaire la créature humaine pour en faire le meilleur model dans sa relation avec Dieu, dans sa relation avec son semblable et dans sa relation avec son environnement.

La notion de « Khidma » ou « Al Isra » et ou dévotion horizontale est la première manifestation de la croyance en Dieu. Serigne Touba servait Dieu à travers la perfection des créatures humaines, à travers la construction d’un individu plein de valeur. La racine du mot « Khidma » est Khadim (serviteur).

L’Afrique du Sud a utilisé le mot « Ubuntu » pour réconcilier sa société et pour la mettre sur le chemin d’une paix durable gage de tout développement. « Ubuntu » a permis à l’Afrique du Sud d’oublier le passé pour un futur radieux. La pensée politique de Nelson Mandela repose sur le mot « Ubuntu » et ce mot se trouve dans le préambule de la nouvelle constitution érigée par Nelson Mandela. 

« Ubuntu » repose sur la nécessité de vivre ensemble quel que soit la différence de nos langues et de nos couleurs. « Ubuntu » ou « Je suis nous sommes, nous sommes je suis » fut la plus grande réponse à l’apartheid. Il fut à la base de la création d’une république arc en ciel où toutes les couleurs vivent en paix. Aujourd’hui le mot « Ubuntu » trône sur le préambule de la constitution sud-africaine.

Quand l’Afrique du Sud a « Ubuntu » le Sénégal a « Khidma » plus puissant que « Ubuntu » et qui permet de transformer les sénégalais en de véritables serviteurs de la nation. Que cela soit le médecin à l’hôpital, l’enseignant à l’école, le policier sur la voie publique, quel que soit notre position dans l’Etat ou dans d’autres secteurs professionnels, nous devons cultiver la notion de « Khidma » c’est-à-dire avoir l’esprit du sacrifice et du service dans le Bekté (bonheur) pour la seule face de Dieu et du peuple. Le 18 safar symbolise la notion de « Khidma ».

Mais quand l’Afrique du Sud adopte « Ubuntu » qui est au cœur de ses politique publiques, le Sénégal exclut tout ce qui est Serigne Touba et ses comptemporains dans la définition des politiques publiques. Le Sénégal de nos rêves sera un projet utopique tant que nous demeurons coincés dans nos complexes envers la pensée occidentale.

Monsieur Pathé Dione PDG de Sunu Assurance est sénégalais et est un modèle de leadeur africain. Sa compagnie est leadeur de l’assurance vie dans la zone CIMA (Afrique francophone). De professeur de mathématique il est aujourd’hui le bâtisseur d’une multinationale de l’assurance qui emploie à travers le monde plus de 4000 collaborateurs dont plus de 95% sont des africains. L’empire qu’il a construit inspire et Pathé Dione s’est armé de la vision de Serigne Touba dans toutes ses dimensions (responsabilité, choix, renonciation, détermination, sacrifice et humilité) pour bâtir son empire. Son slogan est tout simple : « Aux sommet les plus hauts par les chemins les plus étroits » et ce slogan ne témoigne que de l’esprit et de la vision de Cheikh Ahmadou Bamba. Malheureusement nos leadeurs politiques n’arrivent au sommet qu’en s’aménageant des boulevards d’opportunités, d’injustice et de scandales.

Serigne Touba nous a montré le chemin, il avait tout obtenu dans l’épreuve et la privation. Il nous avait montré qu’on ne peut pas bâtir une grande ambition sans souffrance ni privation car rien de grand ne s’obtient dans la facilité. « Allah aime ceux qui sont endurants et déterminés » 3/146. L’épreuve et la privation sont à la base des grandes victoires.

Des pays comme le Japon, les USA, la France ont bâti de grandes nations. Ils ont tiré l’énergie de leur développement des souffrances et combats de leurs ailleuls qu’ils ont transformés en héros nationaux. Malheureusement au Sénégal nous n’avons rien construit à partir des épreuves et privatisation de nos ailleuls. Nous n’avons rien bâti (nation, constitution, hymne national) à partir de leurs sacrifices et combats. Serigne Touba et d’autres de ses comptemporains avaient beaucoup éprouvé dans leur cheminement mais aujourd’hui nous sommes incapables de capitaliser leurs sacrifices pour en faire l’énergie de notre développement. 

Depuis l’indépendance nous avons un problème d’élite politique. Nous voulons développer ce pays dans la facilité, dans la compromission, dans la corruption et dans la mauvaise gouvernance. Nous voulons faire émerger ce pays sans aucune souveraineté en nous basant sur des institutions, des lois et des politiques publiques d’inspiration occidentales. 

Au Sénégal les élites politiques doivent s’interroger sur leur échec quant à la prise en charge du leg et de l’héritage de nos guides religieux, un héritage exclu dans la formulation des politiques publiques et pourtant constitué de valeurs indispensables au développement économiques et social. Aujourd’hui détenant une quantité importante des ressources naturelles dont le monde a besoin nous pouvons changer le rapport de force par des politiques souveraines et autonomes qui nous permettront de réaliser un développement inclusif et autonome qui sortira nos populations des dures conditions de vie. 

Serigne Touba nous a montré le chemin et ce combat doit être réalisé par une nouvelle génération d’hommes politiques conscients des nouveaux enjeux.

DIEUREUDIEUF SERIGNE TOUBA

EL HADJI MANSOUR SAMB

ECONOMISTE – ECRIVAIN

FASEG – UCAD

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici