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Peut-on encore échapper à l’emprise des réseaux sociaux? [par MATHILDE HOUILLET]

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Peut-on encore échapper à l'emprise des réseaux sociaux?
Peut-on encore échapper à l'emprise des réseaux sociaux?

Au fil des années, nous avons assisté à une réelle évolution dans nos pratiques vis-à-vis des réseaux sociaux. Facebook, Instagram, Twitter ou encore Youtube ont largement contribué à faire de nous des « social media addicts », en nous permettant de nous évader virtuellement de notre train-train quotidien. Sommes-nous esclave de notre quotidien ?
En trente ans, depuis la création des premières plateformes de réseaux sociaux, nos codes ont bien changé. Le réseau social est devenu notre principal canal de communication tant au niveau personnel que professionnel. Les frontières entre les continents sont en quelques sortes gommées. Aujourd’hui nous communiquons presque plus facilement avec un internaute inconnu vivant à des milliers de kilomètres de nous, alors que nous peinons parfois à connaître notre voisin. Pas étonnant que ces nouveaux modes de communication impactent toutes les sphères de nos existences. Nous pouvons même nous sentir tiraillés entre le désir de mettre nos réseaux sociaux sur pause et le fait qu’on se doive d’y être présent, pour ne pas être en marge ou pénalisé professionnellement. Est-il possible de remettre en cause ce phénomène qui finit par nous dépasser, et que gagne-t-on à utiliser les réseaux sociaux ?

Peut-on encore faire marche arrière en désertant ces réseaux populaires, et serait-il souhaitable d’aller vers un mode d’échange alternatif, moins addictif afin de retrouver le goût de penser par soi-même, d’imaginer, de créer et d’exister plus librement ?​

Pourquoi sommes-nous tous drogués aux réseaux sociaux ?
A travers nos téléphones en particulier, mais aussi nos tablettes et ordinateurs, nous vivons dans un monde virtuel qui se nourrit de notre monde réel. Et cet univers parallèle a quelque chose de magique, d’infiniment séduisant car il représente une consolation des frustrations de nos vies réelles. Cet univers finit par surpasser nos réalités en nous offrant tout ce dont nous rêvons ou avons tant besoin : la reconnaissance des autres !

Pour que la magie opère, rien de plus simple que de mettre en action nos pouces sur nos mini écrans et claviers pour scroller, cliquer, écrire pour communiquer, inter-agir, publier, partager. Nous savons que nous ne manquerons pas d’obtenir notre gratification : un, deux, dix, cent, voire plus, de likes, symboles de toute cette reconnaissance qui finit par nous dissocier de nos vies réelles. L’émotion est là, et l’addiction n’est pas loin. Nombreux sont ceux qui pour obtenir ces appréciations, et être vus et aimés tombent dans le panneau de la dépendance à un système qui va solliciter en permanence leurs ressources et leur cerveau, et ce, sans répit. Cette soif de succès, de gloire, de modèles et de mises en avant, devient la faiblesse à exploiter par le système en question. Sommes nous prêts à nous aliéner pour connaître notre heure de gloire ?

Comment les réseaux sociaux influencent-ils notre comportement ?
Il y a aujourd’hui une uniformité des comportements que tout le monde ou presque adopte dans la rue, le métro, au restaurant lorsqu’on est absorbé, captivé par notre petit écran de compagnie. C’est comme si nous tenions le monde entre nos mains, ce qui n’est pas tout à fait faux puisque cet outil fabuleux ouvre tout grand ses fenêtres sur le monde entier. A tout âge le selfie fait des adeptes, partout on observe les mêmes réflexes, la même expression de satisfaction, la même concentration lorsqu’avec des gestes de tendresse compulsive, chacun balaye son écran pour faire défiler les publications de ses réseaux d’amis virtuels, de fans ou d’abonnés. On a cette impression enivrante d’être libre et de choisir quand et comment on lira telle ou telle publication, alors qu’on se met à vivre au rythme de notifications qui nous interpellent sans cesse, nous distrayant de nos activités quotidiennes en captant nos attentions. C’est comme si nous étions aux manettes de 2 vies parallèles.

Le cerveau dont les capacités à raisonner s’altèrent dans ce contexte, nous envoie les mêmes signaux qu’au fumeur dépendant de sa cigarette, et en présence de nos smartphones nous ne sommes plus en paix. Nos idées et pensées sont influencées, bousculées par cette addiction car nous avons en filigrane, en permanence, une double activité. Difficile de faire abstraction des messages, des likes qui rendent nos appareils si attractifs et nous donnent l’impression de vivre plus intensément. Même les plus réticents se sentent obligés d’être connectés par crainte de louper quelque chose et d’être à la traîne. La technologie devient le moyen d’influencer par le biais des réseaux sociaux.

Comment en sommes nous arrivés là en si peu de temps ?
Depuis l’extraordinaire ascension de l’intelligence artificielle mise au service des réseaux sociaux ! Ceux-ci s’enrichissent en captant nos attentions qui fourniront la matière à exploiter, à des fins commerciales. Nous devenons des produits vivants mais comme notre cerveau est parasité par son addiction et une sur-information, il a de plus en plus de mal à faire preuve de discernement, tant ces nouvelles habitudes ont généré de nouveaux codes.

Et ainsi continuellement, pour peu que nous ne fassions pas de pause, les réseaux sociaux analyseront en permanence nos habitudes pour les interpréter et alimenter ces banques de données gigantesques qui permettront de nous proposer toujours plus d’offres correspondant à notre profil. Depuis l’avènement des smartphones connectés à internet, la machine s’emballe de plus en plus vite. Déjà en 2003, BJ Fogg, chercheur dans le domaine de la captologie (qui étudie et utilise les technologies informatiques en tant que moyen de persuasion), écrivait un livre : « utiliser les ordinateurs pour changer ce que nous pensons » traitant de la technologie persuasive. Tout est dit, nous subissons l’influence de la captologie qui se sert de la technologie numérique comme moyen d’interaction avec nous pour arriver à ses fins !

Sommes-nous condamnés à être lobotomisés ?
Finirons nous par imiter cette intelligence artificielle mécanique qui pour l’instant imite le cerveau humain ? Tous ces excès finiront-ils par nous abrutir et nous robotiser au point de ne plus connaitre la limite entre monde virtuel et monde réel et finirait par nous rendre à l’état de machines. Car à force d’ingurgiter des données, et d’offrir nos données à notre insu, ce système finit par nous asservir et réduire nos facultés de libre arbitre. A force d’être perpétuellement connectés nous pourrions finir par avoir de plus en plus de mal à penser de façon autonome, ce qui réduirait l’écart qui nous sépare de l’intelligence artificielle.

L’homme a crée un univers parallèle qui devient plus puissant que la réalité de notre monde, ce sont les organisations de ces systèmes qui détiennent le plus de pouvoir. Et si ce qui sépare l’homme de la machine, à savoir la réflexion, l’émotion, le sentiment, finissait par être gommé à force d’altérer les facultés créatives de notre cerveau ?

Quels sont les bénéfices à rester sur les réseaux sociaux ?

Pourtant avec internet aujourd’hui, tout le monde peut s’exprimer par le biais des réseaux sociaux. Chacun peut donner son avis et le consommateur jouit d un certain pouvoir.

Il est vrai que notre société aurait du mal à se passer de ces réseaux sociaux sur lesquels se sont bâtis des professions, une manière nouvelle de travailler et de faire la promotion de son entreprise et de gérer son image publique. Cette façon d’entrer en relation a progressivement modifié nos comportements en nous permettant de communiquer avec des personnes situées au bout du monde. Et cette communication est devenue permanente.

La création du lien social a toujours été au centre des préoccupations de l’homme. Aujourd’hui grâce à internet et aux réseaux sociaux, des milliers de portes s’ouvrent, des possibilités nouvelles s’offrent à nous, l’accès à l’information devient un jeu d’enfant. Il devient aisé de propulser son entreprise à travers le monde, de vendre, d’acheter, de communiquer avec le consommateur dont l’avis est pris en compte, car tout est fait pour le séduire. La question est de savoir si une entreprise aurait intérêt à quitter les réseaux sociaux ?

Aujourd’hui pourrait on se passer totalement, définitivement des liens sociaux ainsi crées ou entretenus lorsque la distance nous sépare de nos proches ? Beaucoup d’utilisateurs trouvent que l’éloignement physique de leurs proches est compensé par leur lien sur des réseaux sociaux.

Si à l’instar des personnalités, qui annoncent régulièrement leur prochaine déconnexion, ou la fermeture de leurs comptes en vantant les bienfaits de cette démarche, nous sommes de plus en plus nombreux à être tentés par l’expérience ! Si mettre nos réseaux sociaux en veilleuse pour tenter de retrouver le fil de nos vies sans interférences peut être tentant, il semblerait plus difficile de ne pas y revenir.

Et si le changement pouvait être une solution ?

Existe-t-il une alternative à facebook, twitter, ou Instagram ?
On constate que de plus en plus d’utilisateurs souhaiteraient trouver une alternative satisfaisante aux réseaux géants : Facebook, twitter ou Instagram. Une alternative qui ne nous enchaînerait pas, plus respectueuse de nos vies privées.

Il existe des alternatives libres, des réseaux sociaux open source, c’est à dire dont le code est accessible à tout le monde, et comme ces réseaux dits aussi réseaux décentralisés ou distribués, n’appartiennent pas à la société qui les a crées, comme Facebook ou twitter, les enjeux ne sont pas les mêmes.

Avec Diaspora comme alternative à Facebook, Mastodon pour twitter, et Pixelfed pour Instagram, le propos est de créer des espaces libres, ouverts, basés sur le respect de la vie privée et qui contribueraient à enrichir internet et non l’appauvrir par des intérêts marchands qui chapeauteraient toute l’organisation.

Sur ces réseaux sociaux sous licence libre, il n’est plus question d’épier pour faire du profit, car ces réseaux nous appartiennent, ils ont été développés par des développeurs volontaires et bénévoles, qui défendent une idéologie. Ainsi on entre dans un autre système basé sur des valeurs de partage, d’échange, d’entraide, on va vers un web plus éthique où l’utilisateur n’est plus considéré comme un client potentiel. Ces réseaux sociaux nous offrent de nombreuses fonctionnalités comme la possibilité de créer des groupes ou des communautés privées ou publiques.

Seriez-vous prêt à quitter Facebook pour aller sur un réseau décentralisé ?
Des dizaines de milliers d’utilisateurs convaincus dans le monde utilisent déjà ces réseaux basés sur la coopération. Mais à l’heure actuelle, comme la majorité de nos contacts fréquente les réseaux sociaux les plus populaires, on pourrait craindre de se marginaliser en quittant Facebook et son cercle habituel.

Le problème est là, il s’avère plus difficile pour ces réseaux d’obtenir un nombre d’utilisateurs suffisant, car la motivation première pour faire partie d’un réseau, est bien la possibilité de retrouver nos amis et d’élargir notre cercle, en brassant le plus de monde possible.

Il faudrait un mouvement de migration générale vers ces nouveaux types de réseaux sociaux pour être plus nombreux à oser retrouver nos libertés perdues.

Alors utopie ou promesse d’un avenir meilleur ?

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