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La singularité du Khassida « Mawâhibu Nâfih » (Les Dons du Profitable…), 1ère partie

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« Mawâhibu » est une production atypique de Cheikh Ahmadou Bamba. Il présente des similitudes frappantes au plan de la thématique avec certains écrits du Cheikh comme « Jazbul Xuloob » ou encore « Mîmiya ». Mais la particularité caractéristique de « Mawâhibu » se ressent par rapport aux aspects formels, la source d’inspiration, mais également les thématiques que le Cheikh a abordées dans ce poème.

Pour ce qui est des aspects formels, il y a d’abord la métrique utilisée. Cette dernière est un mètre de vers que l’on n’a jamais connu auparavant. Dans la poésie arabe classique, il y a 16 types de mètres de vers. On peut citer le « Xafîf », le « Bassît », le « Tawîl », etc. Le mètre de vers de « Mawâhibu » n’a pas de nom précis. Pour le présenter, on parle du mètre de « Mawâhibu Nâfih ».

L’origine de ce mètre est également une singularité. C’est transcendant. On ne saurait l’occulter. Nous tenons de la bouche de Serigne Youssou Ndao, un grand chanteur de Khassaïdes, qui, lors d’un entretien, nous enseigne que le Cheikh tient ce mètre d’une situation très contraignante qu’il a vécue sur le chemin de l’exil. A un moment donné, on l’a fait tomber dans un trou béant, une sorte de crevasse où il a entendu chantonner cet air. Lorsqu’il est sorti de cette crevasse, il a pris le parti de rendre grâce à Dieu en utilisant le même mètre de vers pour composer « Mawâhibu ».

Il faut également convoquer le préambule. Le Cheikh se refuse à étaler à la face du monde nombre de secrets entre lui et Son Seigneur : « Minal Xadîmi ilal Maxdòomi », entre le serviteur et Celui pour qui il œuvre. Mais il n’empêche que parfois, de façon allusive, il donne des informations de taille. En effet, il écrit dans le préambule : « Que Notre Seigneur fasse que ce poème soit parmi ceux que chantonnent les Houris aux beaux yeux et les enfants dans le Paradis promis aux pieux ». Ce qui conforte les propos du doyen d’âge Serigne Youssou Ndao. Les similitudes sont frappantes.
C’est d’ailleurs certainement ce qui explique que « Mawâhibu » soit caractérisé par une profusion de mélodies avec lesquelles ce poème est déclamé. Il est aisé de remarquer que les mélodies convoquées pour le chanter l’emportent de loin sur les autres métriques.

L’autre singularité de « Mawâhibu » est le type de traitement, la technique de composition. L’objectif du poète est de chanter les louanges de l’Intercesseur qu’est le Prophète Mouhammed (PSL). Cette particularité se retrouve dans tous les 166 vers qui composent le poème ; pas une seule fois le nom du Prophète (PSL) est évoqué de façon ouverte. Il n’y a que des allusions et des périphrases. Le Cheikh ne prononcera pas Mouhammed (PSL), Al Moustapha (l’Élu le plus pur), Al Moukhaffa (Celui dont on suit les traces), Al Mountakha (Le Sélectionné).

Cette singularité, le Prophète le partage avec les compagnons. Ils sont également désignés, mais pas une seule fois nommés. C’est une véritable gageure de composer ce poème sans une seule fois prononcer le nom d’Aboubrakr, de Seydina Omar, de Seydina Ousmane ou encore de Seydina Alioune. En lieu et place, il utilise des périphrases resplendissantes, radieuses, lumineuses et qui contribuent à rehausser davantage la considération qu’il voue à ces êtres.
Pour illustrer ces propos, à partir du vers 25, le Cheikh dit : « Accorde-moi la Bonne Guidée, préserve-moi du Blâme, accorde-moi le charisme, grâce au Détenteur du Drapeau ». Il continue au vers 26 où l’on trouve une succession exponentielle de noms glorieux quand il dit : « Grâce au plus Beau, au plus Parfait, au plus Haut placé, Celui-là qui assure la guérison ». Il ajoute au vers 27 : « Lui qui s’applique à la dévotion, qui procure le profit, qui opère le miracle en faveur des Saints ». Il poursuit : « Le Possesseur des Dons, qui est le lion des batailles, Celui qui anéantit les hommes qui sont malheureux ». « Grâce à Celui dont les Compagnons ont répondu à son appel, Ceux-là qui dissipent l’angoisse et qui possèdent la lumière ». Pour clore le tout, au vers 28, il l’appelle le Maître des batailles, le dissipateur des tristesses, la lumière de l’intelligent, l’effaceur de l’ostentation ».

Ce même traitement allusif est réservé aux Compagnons lorsqu’il dit au vers 136 et suivants : « Qu’il soit accordé à l’affranchi, celui qui est l’accès de la Voie, l’homme de la conviction, tout agrément ». C’est le vénéré Seydina Aboubakr. Il ajoute : « Qu’il soit accordé à son vizir, le sabre de l’Annonciateur des Bonnes Nouvelles, l’Agrément du TOUT-PUISSANT Qui fixe Son Décret ». On devine qu’il s’agit de Seydina Omar. Il poursuit : « Qu’il soit accordé à la lumière, l’homme de la pudeur, le meilleur Agrément provenant de l’Éternel ». C’est Seydina Ousmane. Et enfin, il dit : « Qu’il soit accordé au proche (de l’Élu), le lion des batailles, l’Agrément de Celui Qui exauce (Dieu), ainsi que l’élévation ». Il parle de Seydina Alioune.

Source : Emission « Munawirus Çudur », présentée par Baye Mansour SECK (comité scientifique HT)

Restitution : Awa Tall Ba

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