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L’OFFENSIVE MOURIDE

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Le Mouridisme fut المريدية fondé par Cheikh Ahmadou Bamba MBacké 1882-1927), après avoir pratiqué d’autres confréries telles que la Qadria et la Tidjania.


Le mot mouride المريد se définit étymologiquement par celui qui désire atteindre un objectif précis à l’opposé de Meriide qui veut dire rebelle, têtu, désobéissant. Le sens de mouride ici, signifie celui qui cherche l’agrément d’Allah et de son Messager Mouhamed (PSL) par la dévotion, la soumission, l’adoration et le khidma.
Le Mouridisme comme concept a suscité beaucoup de commentaires entre les chercheurs et les islamologues. Certains considèrent qu’il n’est pas une confrérie soufie traditionnelle. En revanche, c’est une école de pensée, d’éducation, de réformation, certains le classent dans l’une des branches soufies avec une particularité du fait que le nom ne fait pas référence à son fondateur comme c’est le cas pour les autres confréries.
Le Tidjanisme se réfère à son fondateur Cheikh Ahmed AT Tidjani Chérif (1737-1817) en l’an 1196 de l’Hégire (1781-1782) à Aîn Mahdy, en Algérie, tandis que la Qadiriyya se réfère à Cheikh Abdel Qadir al-Jilani (1077 -1166) qui l’a revivifiée au XIe siècle pour ne citer que ces deux-là.


Nous considérons que le Mouridisme est une branche soufie parce qu’il utilise les mêmes systèmes d’initiation et d’éducation spirituelle. Elle établit les relations de soumission entre le Talibé et son Marabout. Et que le premier est tenu à louer la sainteté, la sacralité et parfois l’infaillibilité de son guide. Ces deux aspects sont le trait commun entre toutes les autres branches soufies.


Le Mouridisme a une invocation (Wird) appelée «wird al-Ma’khoûz » que Cheikh Ahmadou Bamba a reçu directement d’Allah à travers son Messager Mouhamed (PSL), que chaque disciple doit réciter de préférence entre la prière de l’après-midi ‘‘Asr’’ et celle du crépuscule ‘’Timis’’. Les mêmes pratiques se retrouvent chez les autres confréries
Le Mouridisme repose sur six piliers fondamentaux :

  1. L’adoration d’Allah à la perfection.
  2. La quête du savoir, socle sur lequel repose tout acte valable et acceptable en l’islam.
  3. L’accomplissement des cinq piliers de l’islam (la Shahada, la prière, la Zakât, le jeûne et le Hadji).
  4. Le travail exprimé sous le vocable ‘’Khidma’’ auquel Cheikh a donné un double sens :
    • être exclusivement au service du Prophète et suivre sa Sunna ;
    • travailler pour préserver l’indépendance et la dignité de l’homme;
    • rendre service aux parents, aux proches, aux oulémas, aux personnes agrées et à toute la création rien que pour Allah.
  5. L’allégeance pour se soumettre à l’ordre du guide digne de ce nom et investi de vertus cardinales de l’islam.
  6. La discipline qui est la manifestation sincère de toutes les vertus morales, sociales et le respect réciproque entre les individus.
    Le Mouride sadikh est celui qui incarne toutes ces vertus comme l’a été Cheikh Ibrahima Fall (1883-1930).
    EVOLUTION DU MOURIDISME
    Le berceau du Mouridisme fut le Djolof et le Cayor avant de s’implanter sur l’étendue du territoire national.
    Au début, le disciple mouride était mal vu et mal perçu, dans plusieurs endroits au Sénégal. Il était relégué au second plan et fut classé au même titre que les lutteurs. C’est pourquoi, on disait pour sous-estimer son rang social, dans certains milieux, ‘’Chaque femme peut enfanter un Mouride ou un lutteur’’. On disait également dans les milieux populeux avec ironie ; ‘’Diinay Mouride’’ et ‘’Adiyay Tidiane’’ ce qui veut dire ‘’la religion des mourides’’ et ‘’le cadeau des Tidianes’’ pour minimiser avec mépris la pratique religieuse chez les Mourides et la médiocrité des cadeaux que le talibé Tidiane offre à son Marabout. En d’autres termes, ce sont les Tidianes qui pratiquent la religion correctement alors que les Mourides eux se contentent seulement de submerger leurs marabouts de cadeaux (Hadiya) et de travailler durement pour lui.
    Cette conception négative et péjorative est aujourd’hui radicalement changée non par la guerre, ni par la vengeance, ni par la violence ou l’animosité et moins par un comportement belliqueux mais plutôt par l’adoration d’Allah, l’amour du travail, la quête du savoir, la persévérance, l’abnégation et la détermination pour relever les défis.
    Le Mouridisme se manifeste à travers :
    A. LES EDIFICES RELIGIEUX
  7. La grande mosquée de Touba
    Cette mosquée représente, dans tous les temps, le plus grand édifice religieux du Mouridisme. Elle a été conçue par Cheikh Ahmed Bamba Mbacké en 1926 et mise en œuvre par son 1èrekhalife Serigne Mouhamadou Moustapha qui a assuré le khilafat entre 1927 et 1945. C’est le 2ème Khalife, Serigne Fallilou Mbacké (1888-1968), Khalife entre 1945 et 1968, qui a mis en forme et en relief la première esquisse de la mosquée et achevé ses travaux avant qu’elle ne soit inaugurée le 7 juillet 1963.
    Depuis cette date, chaque Khalife de Bamba apporte sa touche particulière à l’édifice soit par l’agrandissement et la modernisation comme Serigne Abdou Ahad Mbacké, 3ème Khalife de 1968 à 1989, qui a agrandi la mosquée avec l’un des minarets, lampe Fall, culminant à plus de 86 m, le plus haut en Afrique de l’Ouest. Serigne Abdoul Khadre Mbacké (1914-1990), 4ème Khalife, l’imam ratib de cette mosquée, qui aussi, malgré son bref Khilafat, 11 mois, porta une attention particulière à cet édifice. Serigne Saliou Mbacké 5ème, Khalife de 1990 à 2007, a apporté une grande pierre à la modernisation et à l’agrandissement de la mosquée.
    Le premier khalife des petits fils et le 6ème de Bamba, Serigne Bara, rappelé à Dieu en 2010, n’a pas dérogé à la règle mais en 2013, sous le Khilafat de Serigne Sidy Makhtar Mbacké, le 7ème Khalife et 2èmepetit fils, Khalife, de 2007 à 2018, deux minarets ont été ajoutés aux cinq précédents.
  8. La mosquée de Masalikoul Djinane de Dakar
    La première pierre de cette mosquée a été posée en 2009 sous le Khilafat de Serigne Sidy Makhtar Mbacké et fut inaugurée par l’actuel Khalife, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké, le 27novembre 2019. Elle est la plus grande mosquée ‘’mouride’’ à Dakar dont le coût s’élève à plus de 20 milliards de francs CFA de fonds propres mourides.
  9. Partout au Sénégal, les mosquées construites par les Mourides attirent le regard des gens et émerveillent les adeptes de l’architecture islamique orientale.
    Il faut signaler que, pendant la période coloniale, le Sénégal comptait 4741 mosquées, 4703 appartenaient aux Tidianes dont 900 grandes mosquées, les autres confréries partagent les 38 restant.
    B. ACTIVITES CULTURELLES
  10. Enseignement coranique
    Touba, capital du Mouridisme compte plus de 1524 Daaras fréquentés par 127950 talibés auxquels le Khalife Général a donné une aide de 124 millions de francs pour les enfants.
  11. La construction de l’Université islamique
    Les Mourides se sont intéressés depuis longtemps à la culture, à la formation spirituelle et à l’éducation.
    Cette dynamique a connu une impulsion spectaculaire pendant le Khilafat de Serigne Abdoul Ahad Mbacké (1914-1989) par :
    • la construction de la plus grande bibliothèque au Sénégal à Touba (Daaray kamil) d’un coût de 17 millions de dollars qui contient plus de 170.000 ouvrages,
    • la construction de la première université de Touba d’un montant de 8 milliards de Francs CFA,
    • la construction de l’Hôpital Matlaboul Faouzayni d’un montant de 6 milliards francs CFA.
    L’actuel Khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké, a initié plusieurs projets notamment la construction de l’Université Khadimou Rassoul de Touba sur 30 ha d’un coût global de 37 milliards de francs CFA qui seront entièrement financés par les Talibés.
    Selon les statistiques, le Sénégal comptait 1200 maîtres coraniques en 1912, dont 900 appartenaient à la communauté tidjane alors à Dakar, 28 des 30 enseignants recensés sont sortis de l’école d’El Hadji Malick Sy. Mais aujourd’hui les apprenants mourides se sont considérablement multipliés dans tous les domaines du savoir et de la connaissance soit dans les champs islamique, de la littérature arabo-islamique, de la science, de la nouvelle technologie dispensés dans les universités nationales et étrangères notamment au Maroc.
  12. La construction d’un musée
    La construction d’un grand musée appelé ‘’Musée du Mouridisme est l’un des projets phares du Khalife général des Mourides, qui sera érigé sur près de 20.000 m2 à Touba. Il abritera le patrimoine spirituel, cultuel et culturel de Serigne Touba et de ses khalifes.
  13. La construction du Centre Cheikh Ahmadou Bamba (Khadimou Rassoul) pour l’Education et la Bienfaisance sur un terrain de 2000 m2 situé dans le village de Beit, au nord de la province d’Hébron, en Palestine, sous l’impulsion de l’Ambassadeur de la Palestine au Sénégal, Safwat Ibraghith.
  14. La création de l’Association Rawdu Rayahine (jardin des parfums du cercle d’intellectuels mourides) en 2002, sous la recommandation de Serigne Saliou Mabcké (1915-2007) pour donner au grand Magal de Touba une dimension culturelle et intellectuelle. L’Association organise des séries de conférences sur différents thèmes d’actualité comme elle publie une revue en arabe comme support de la pensée mouride.
    Le Professeur Cheikh Anta Diop (1923-1986) demeure incontestablement l’intellectuel mouride le plus influent.

C. ASSISTANCE SOCIALE
Les Aides aux Talibés
L’actuel Khalife général des Mourides a octroyé des millions de Francs CFA pour assister les talibés de Daaras.
La Lutte contre le COVID-19
Le Khalife a donné 200 millions de francs CFA comme contribution au (Fonds du « Force COVID-19 ») en guise de solidarité lancée par le président de la République, Macky Sall.
Il faut signaler que malgré la pandémie, le Khalife a tenu le grand Magal de Touba le 18 safar correspondant au 23 août 2020.
Les soins de santé
Le Khalife a déboursé une rondelette somme de 25 millions de francs CFA pour assouplir les frais de dialyse aux souffrants admis à l’hôpital Matlaboul Fawzeini de Touba.
L’Assistance aux sinistrés
Le Khalife a offert 100 millions de francs CFA pour venir en aide aux sinistrés de l’incendie du marché Ockaz de Touba ravagé par le feu les lundi 16 et mardi 17 novembre 2020.
L’Assistance aux blessés
Le Khalife a donné 50 millions de FCFA comme assistance aux blessés lors des manifestations du 03 au 08 mars 2021 pour la libération d’Ousmane Sonko.
D. ACTIVITES ECONOMIQUES
Les Mourides sont devenus, au fil du temps, parmi les plus dynamiques et les plus actifs dans tous les secteurs de l’économie nationale notamment, l’agriculture, le commerce, le business, l’industrie, la finance, le transport, le BTP et les services.

  1. L’Agriculture (agro-sylvo- pastorale)
    De grands dignitaires mourides se sont distingués dans l’agriculture. Il s’agit, à titre d’exemple, de Serigne Moustapha Bassirou Mbacké (1928-2007), de Cheikh Awa Balla Mbacké (1900-1976), de Serigne Saliou Mbacké (1915-2007).
    A ce dernier, a été octroyée une superficie de 4500 ha par le Président Abdou Diouf de la forêt déclassée de Mbégué en 1991où il a fondé des Daaras appelés ‘’Khelcom’’ situés dans la région de Kaffrine pour l’apprentissage du saint Coran et la production agricole.
    Le Président Abdoulaye Wade avait lui aussi octroyé à ce marabout 9 000 hectares, le 10/04/ 2007, après avoir déclassé une partie de la forêt de Thiès et Pout.
  2. Le commerce
    Le plus célèbre des hommes d’affaires mourides entre 1970 et 1980 fut El Hadji Ababacar Kébé dit Ndiouga (1914-1984), mais entre temps d’autres sont apparus et se sont imposés sur cet acteur.
    E. ACTIVITES POLITIQUES
    Les deux Khalifes, Serigne Fallou et Baye Lahad, sont les plus influents sur le champ politique avec le fameux ‘’Ndiguel’’, consignes de vote, qu’ils donnaient à leurs talibés pour voter respectivement pour Léopold Sédar Senghor et pour le Président Abdou Diouf. Cependant, il faut signaler que l’ère du Ndiguel est révolue depuis l’arrivée de Serigne Saliou Mbacké, bien que le plus politique des disciples mourides a été le Président Maître Abdoulaye Wade, le troisième président du Sénégal entre 2000 et 2012.

F. LES DEFIS AU MOURIDISME
Le Mouridisme fait face à beaucoup de défis à relever pour redonner à Touba, capitale du Mouridisme, fondée en 1888, deuxième ville au Sénégal en terme démographique, son lustre d’antan et préserver sa sacralité comme le voulait son fondateuren la combinant avec son urbanisation et sa démographie galopante.
Cette ville cosmogonique a un double aspect : aspect sacré dans son centre appelé ‘’Touba mosquée’’ et aspect non sacré où se déroulent quotidiennement toutes les activités malveillantes : vol ; viol ; pédophilie ; débauche ; vente de drogue ; refuge et lieu de repli des délinquants soit économiques, politiques, sociaux et autres.
Il est regrettable que ce denier aspect salisse ce que le Fondateur avait voulu de sa ville énoncé dans son livre ‘’Masalikoul Jinan’’.
Cette situation a été décriée par plusieurs personnes.
Compte tenu de la place qu’occupe Touba, l’Etat a construit l’autoroute ‘’Ila Touba’’ qui fut inaugurée en décembre 2018, par le Président Macky Sall et le Khalife Général des Mourides Cheikh Mountakha Bassirou Mbacké.
En conclusion, l’actuel Khalife général des Mourides est sur tous les fronts comme guide religieux, fervent Khalife musulman qui veille à la bonne pratique de l’islam sunnite, régulateur social, sapeur-pompier qui intervient pour éteindre tous les foyers de tension. Il est un guide de consensus, vrai héritier de Bamba.
Le Mouridisme est aujourd’hui la voie du salut pour la Umma islamique mais cela dépendrai incontestablement de la clairvoyance, de la lucidité de sa communauté et de son unité pour défendre les valeurs islamiques.
Dr EL Hadji Ibrahima THIAM
Tél 77.648.96.78
Email : thiamsane@yahoo.fr

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