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Les droits humains dans le Sahel à l’épreuve de la COVID-19

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Les droits humains dans le Sahel à l’épreuve de la COVID-19

Rapport intégral à  télécharger en fin de texte

(Aperçu analytique de Constance WYBO)

Dans le cadre d’un partenariat entre le Timbuktu Institute – African Center for Peace Studies – et la Fondation Konrad Adenauer, une recherche documentaire a été effectuée sur six pays du Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Tchad) concernant les droits humains à l’épreuve de la Covid-19. Ce rapport se penche sur la gestion et les conséquences des programmes sanitaires instaurés par les gouvernements des pays du Sahel pour répondre à la crise mondiale ainsi que les conséquences de telles dispositions sur le respect des droits humains.

La pandémie de Covid-19 a frappé les pays du Sahel, déjà en proie à d’autres crises politiques, sécuritaires, alimentaires et économiques, mais avec des répercussions différentes des prévisions d’experts du continent africain. En mars 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait annoncé que : « L’Afrique doit se préparer au pire ». Selon Antonio GUTERRES, Secrétaire général des Nations Unies, la COVID-19 est une crise économique, une crise sociale et une crise humaine qui devient rapidement une crise des Droits de l’Homme. C’est sur cette thématique que se concentre cette étude, sur la question du respect des droits fondamentaux, universels, dits humains.

Nos équipes de recherche dans les différents pays ont constaté des stratégies transversales dans la lutte contre l’épidémie qui ont parfois enfreint les droits de l’homme pour ralentir la transmission et pour endiguer le virus. Les six pays sahéliens, objets de la présente note d’analyse, ont en effet tous imposé un état d’urgence sanitaire, la fermeture des établissements scolaires et des lieux de culte, un couvre-feu, la fermeture des frontières terrestres et aériennes, l’application de mesures hygiéniques dites « barrières » … En bref, une multitude de mesures avec des conséquences lourdes sur les économies et une pression accrue sur les sociétés locales.

La crise de la COVID-19 a aussi révélé de nombreuses vulnérabilités des Etats sahéliens sur la riposte pour son endiguement. En effet, l’« infodémie » et les fake-news ont généralisé un contexte de peur et de stigmatisation auprès des populations, en raison d’une faible implication des médias dans la communication des programmes gouvernementaux. De plus, même si, comparativement à l’Europe, le continent africain fut légèrement épargné en termes de mortalité, les infrastructures sanitaires et les équipements hospitaliers demeurent insuffisants, tout autant que l’approvisionnement en eau et la distribution de services sociaux de « base » pour les populations en zone rurale.

A cet effet, plusieurs solutions s’offrent aux Etats sahéliens comme par exemple, le renforcement des capacités des forces de l’ordre sur les méthodes d’équilibre entre d’une part l’exigence du respect des gestes barrières et d’autre part le respect des droits de l’homme. Néanmoins, ce rapport souligne aussi l’importance de renforcer la démocratie, en veillant à ce que la pandémie ne soit pas un prétexte pour les Etats de restreindre certains droits fondamentaux, vitaux pour la stabilité sociale, la démocratie et l’État de droit.

Dès lors, malgré une résilience inattendue des pays sahéliens, quelques recommandations sont à prendre en compte afin de mitiger les risques d’une deuxième vague, à l’heure où l’Europe est à sa troisième vague et où l’Afrique du Sud développe une troisième variante du virus. Ainsi, les gouvernements sahéliens devraient prêter plus d’attention au relâchement par rapport aux mesures barrières, qui ne sont quasiment plus respectées par les populations et devraient penser à organiser des programmes régionaux afin de se préparer à une possible nouvelle vague.

Cette note d’analyse a encore révélé le paradoxe de la gestion des urgences qu’elles soient sécuritaires ou sanitaires comme dans le cas de la pandémie de Covid19. Les États sont toujours confrontés à ce dilemme entre devoir de protection et principe de respect des droits humains malgré les pressions. Cette tension permanente indique que le système démocratique de manière général n’est jamais un acquis durable tant que les « garde-fous » ne sont pas négociés et admis dans le cadre de contraintes partagées et guidées par le principe de l’Etat de droit.

L’autre difficulté dans la gestion de cette pandémie aura été la question des fake news et de la désinformation menaçant parfois même la stabilité et la viabilité des États au regard de leur impact sur la conduite des politiques publiques et la crédibilité des institutions de même que de la parole scientifique dans des contextes d’angoisse existentielle comme les pandémies.

Aperçu analytique de Constance WYBO, Stagiaire au Timbuktu Institute

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