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Souvenirs maktûmiens: Al maktûm, le style, la sainteté [Par Issa FAYE]

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La tâche qui m’incombe est assurément, sinon délicate du moins malaisée : parler d’une personnalité pas comme les autres, parce que n’ayant jamais rien fait comme les autres, au contraire…

Cet exercice est d’autant plus difficile à réussir de façon parfaite que notre sujet est un véritable mythe vivant?
Serigne Cheikh Ahmed Tidiane SY, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un homme multidimensionnel qui a, sans doute, beaucoup hérité de son homonyme et jusque y compris l’épithète de Al maktûm, l’occulté.

Le puîné, presque jumeau de Borom Daara ji, a toujours vécu dans un style qui lui est propre et qui a fini de convaincre de sa sainteté. Voilà un maître d’un charisme exceptionnel, déplaçant et subjuguant les foules de fidèles, un conférencier hors pair qui sait tenir en haleine son auditoire qui boit littéralement ses paroles, des heures durant, enfilant les paraboles, les unes après les autres, telles les perles d’un chapelet, parlant à la fois de sujets aussi divers que la politique, la morale, l’histoire sainte, la mystique musulmane, le coran, les anciens de l’Ecole de Tivaouane entre autres, mais qui a appris à démystifier toute cette reconnaissance, toute cette aura, son « occultation » en témoigne. Qui n’aurait pas usé encore et encore de ces occasions, même juste pour faire plaisir aux ouailles ?
Serigne Cheikh, on le voit bien, ne se voit pas dicter ses principes de vie…


Issu d’une famille de lettrés en arabe, il se donna les moyens d’en être digne, en se dotant des valeurs qui en sont la marque de fabrique. Ainsi, c’est précocement qu’il se mit à l’écriture : il n’avait pas vingt ans quand il publiait ses premiers ouvrages, dont un consacré au patriarche, fondateur de cette famille.

Il l’intitula l’inconnu de la nation, montrant ainsi, comment Maodo, en dépit de sa célébrité était tout de même peu connu de ses compatriotes. Citant des dizaines de poètes soufis mauritaniens qui en avaient fait leur maître… Dans bien des domaines, Serigne Cheikh fut un précurseur, parmi les « fils de famille » : les conférences, l’engagement politique…

Ce premier ambassadeur du Sénégal indépendant au Caire, capitale de la République arabe unie, réunissant alors l’Egypte de Nasser et la Syrie de Hafez al Assad, a été fondateur d’un parti politique qui a participé à des élections locales, qui ont fait beaucoup de bruit, à l’époque.

Il a séjourné en prison pour ses idées, sous Senghor, il a été un homme d’affaires avisé, s’offrant le luxe de se payer la première cimenterie de ce pays, à coup de milliards…
Ce savant autodidacte en français qui a publié des articles et tenu des conférences dans la langue de Molière, a fait montre dans ses écrits d’une maîtrise que l’on pensait être le propre des écrivains des « Lumières », tels Rousseau et Montesquieu.


Que dire de ses qualités d’homme de Dieu, lui, à la sainteté innée? N’a-t-il pas déjà dit que c’est juste quelques mois après sa naissance qu’il a visité pour la première fois les hautes sphères célestes?

Les habitués de ses conférences l’entendent souvent parler de l’intermonde (le barzakh) en des termes sans équivoque qui montrent clairement que c’est un dévoilé, il en est de même de la vision du prophète Muhammad (psl) à l’état de veille. Dans certains cercles, on lui reconnaît le titre de pôle (qutb), voire de son époque (?).

Ce qui est sûr c’est que notre calife est l’un des derniers grands mystiques du vingtième siècle. Son leadership a mis beaucoup de baume dans les cœurs des fidèles de la hadara tijâniyya mâlikiyya qui voient dans cette unité retrouvée, les semences d’un renouveau…

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