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Octobre, on se souvient de Jules Brévié

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On se souvient de Jules Brévié

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ctobre, on se souvient de Jules Brévié

Gouverneur général de l’Afrique-Occidentale française d’octobre 1930 à septembre 1936, avec résidence au Sénégal.

connait bien la stratégie de surveillance mise en place par les autorités coloniales pour traquer les religieux récalcitrants à la politique coloniale en Afrique de l’Ouest.

En 1906, le gouverneur général de l’Afrique-Occidentale française, Ernest Roume, l’exprime sans ambages : « Il est de notre devoir de veiller rigoureusement à ce que les doctrines prêchées par les adeptes des confréries musulmanes ne mettent jamais en péril le succès de la grande œuvre de civilisation que nous poursuivons ».

On connaît également les directives données par le gouverneur général William Ponty en 1912 pour abattre le « dernier obstacle » selon lui au succès définitif de l’entreprise coloniale : « La propagande maraboutique, façade hypocrite derrière laquelle s’abritent les espoirs égoïstes des anciens groupements privilégiés, dernier obstacle au triomphe complet de notre œuvre civilisatrice…disparaîtra complètement le jour où tous ses militants démasqués, étroitement surveillés, ne pourront plus passer à travers les mailles du vaste réseau qui les environne sur toute l’étendue de notre Ouest-africain ».

Ce qu’on ne sait pas bien, c’est le plan minutieusement pensé du gouverneur général Jules Brévié (photo) d’opposer les adeptes des croyances ancestrales et les adhérents des religions dites révélés, en particulier l’islam. Il fallait, avec cette initiative, disait-il, « assurer l’équilibre de notre domination en opposant à l’Islamisme le contrepoids du fétichisme organisé ».

Brévié, promoteur du « colonialisme scientifique », qui privilégie le calcul méthodique et la prévision, décrit un curieux postulat : « Le fétichiste est perfectible et très enclin à accepter notre direction quand il a surmonté son premier mouvement d’instinctive timidité, mais le musulman s’éloigne de nous et se fige dans l’idéal étroit que son orthodoxie jalouse lui impose ».

Pour cela, il faut donc renforcer l’animisme. Dans une des circulaires émises, Brévié ne mâche pas ses mots. Il faut, dit-il « restituer au fétichisme sa forte personnalité de jadis que notre centralisation excessive est en train de faire disparaître, faute de l’avoir suffisamment connue et appréciée…Dans les tribunaux, vous veillerez à la saine application des coutumes, et vous expliquerez aux juges qu’ils sont les soutiens les plus fermes des traditions de leur race et leur meilleure sauvegarde contre les influences musulmanes ».

À la division sur une base communautaire, territoriale, venait s’ajouter la division sur une base strictement confessionnelle. Cette vaste entreprise, appliquée pendant quelque temps, ne prospérera pas toutefois. Elle va connaître un échec cuisant du fait de la difficulté à codifier les très nombreuses coutumes existantes.

L’animisme, « il n’en existe pas un, mais d’innombrables animismes infiniment différenciés », finit par reconnaître l’administration coloniale.

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